Écris vite ce livre, achève vite aujourd’hui ce poème
avant que le doute de toi ne te rattrape,
la nuée des questions qui t’égare et te fait broncher,
ou pire que cela…
Cours au bout de la ligne,
comble ta page avant que ne fasse trembler
tes mains la peur – de t’égarer, d’avoir mal, d’avoir peu, avant que l’air ne cède à quoi tu es adossé
pour quelque temps encore, le beau mur bleu.
Parfois déjà la cloche se dérègle dans le beffroi d’os
et boite à en fendre les murs.Écris, non pas “à l’ange de l’Église de Laodicée”,
mais sans savoir à qui, dans l’air, avec des signes
hésitants, inquiets, de chauve-souris,
vite, franchis encore cette distance avec ta main,
relie, tisse en hâte, encore, habille-nous,
bêtes frileuses, taupes maladroites,
couvre-nous d’un dernier pan doré de jour
comme le soleil fait aux peupliers et aux montagnes.
Tag: poésie
Lettre
Ainsi, je t’aurai dit quand même
Que lorsque je suis seul et que je parle,
Il est question de la paroi.
Alors, probablement
Que je serai forcé
De t’en parler encore.
Pour le moment, j’arrive
A ne pas parler.
Je suis ailleurs en moi
Où le calme est puissant.
– Guillevic, in Paroi
Une femme une rose morte
Merci que le dernier venu
Sur mon amour ferme la porte
Je ne vous ai jamais connue
– Guillaume Apollinaire, “Alcools”
J’avance dans un noir liquide où des complots
Informes tout d’abord lentement se précisent.
Qu’hurlerais-je au secours ? Tout mes gestes se brisent
Et mes cris sont trop beaux.
Jean Genet, Marche funèbre
Je ne suis plus qu’amour
Toutes mes branches brûlent
Si j’obscurcis le jour
En moi l’ombre recule.
– Jean Genet, Marche funèbre