Méduse et Cassandre (2)

sangderiviere:

Scène 3.

CASSANDRE, MEDUSE, IRIS

(Iris entre en volant par
le balcon. Elle veut parler mais Méduse est plus rapide, l’ignore et
regarde Cassandre.)

MEDUSE

J’aimerais tant être,
comme tous ces mortels,

Insensible à toutes tes
prédictions cruelles.

Mais je suis mortelle
moi-même, et je les vois

Ceux qui viennent du
destin appliquer la loi.

Et voici que maintenant
Iris aux pieds prompts

Vole nous en apporter la
confirmation.

Hélas !

(Iris s’approche tandis
que Méduse semble de nouveau incapable d’écouter.)

IRIS

Le roi Zeus m’envoie, mais
je suis inutile

A ce que je vois, car
celle qui voit le fil

Du Destin a trouvé une
oreille attentive.

Battue par Cassandre !
Sensation maladive !

CASSANDRE

Iris, je vivrais avec un
plaisir non feint

Sans le don qu’Apollon m’a
fiché dans le sein.

Dans mes souvenirs, je
meurs mille fois par heure,

Dans l’avenir, mille fois
et sous vos clameurs.

N’eût-été Méduse, je
me suiciderais ;

Mais pour elle,
j’affronterai le sort le plus laid.

IRIS

Je constate effectivement
qu’elle ne vit plus

Et j’observe aussi que tes
larmes tombent drues.

(Cassandre essaie de
répondre mais elle en est incapable. Cela tire Méduse de son
absence.)

MEDUSE

Iris, cruelle ! Tu
n’es qu’une messagère,

Cesse d’observer, parle,
et retourne dans les airs.

Cassandre ne mérite point
tant de souffrances

Car il y en a bien
d’autres ailleurs qui la lancent.

Explique ta venue.

IRIS

Vous vous savez perdues.

Sachez pourtant qu’elle
veut vous rendre visite

Athéna, elle qui a puni
ce que vous fîtes.

(Cassandre redevient
normale et blêmit avec Méduse.)

MEDUSE

Athéna ! Elle qui
m’a accusée dans son temple

D’avoir subi Poséidon et
sa main ample !

CASSANDRE

Athéna ! Tu te
trompes, elle ne m’a point punie,

Mais au moment le plus
funeste elle m’a failli !

MEDUSE

Je la crains, la hais, ne
veux plus la voir jamais.

CASSANDRE

Je l’adulais. Je ne veux
plus la voir jamais.

IRIS

Elle viendra, sottes !
Mais avec mes ailes

Je vais plus vite que son
chariot si peu frêle.

Vous qui allez subir la
colère des preux,

Ecoutez ce qu’elle a à
vous dire. Adieu.

(Elle sort.)

Scène 4

CASSANDRE, MEDUSE

MEDUSE

Hélas, ma Cassandre !
Elle vient pour nous prendre !

Elle veut devancer les
autres ! Nous réduire en cendre !

CASSANDRE

Je me demande bien de quel
tort on nous blâme.

Plus j’y pense, plus la
sentence est infâme.

MEDUSE

Nous sommes nées femmes,
nous sommes nées belles.

Ne cherche pas plus loin
la source de ce fiel.

Aussi nées mortelles,
nées perçues comme cruelles,

Nous devons vivre cette
vie accidentelle.

Les Dieux, tour à tour,
nous convoitent, nous trahissent,

Nous sommes des jouets qui
entre leurs mains crissent.

CASSANDRE

Que j’envie la force de la
Colchidienne

Qui d’un simple geste a
fait la vengeance sienne !

Je me sens si faible, si
fort infortunée

Que j’étouffe mes cris
même au ciel étoilé !

MEDUSE

Médée avait du moins des
Dieux le soutien.

Elle n’avait plus sa place
parmi les humains

Mais, monstre, on lui a
reconnu la folie folle

De Jason, monstre, et
ainsi a-t-elle pu prendre son envol.

Mais il n’est point de
char appareillé pour nous ;

Tout au plus serons-nous
jetées dans un égout.

CASSANDRE

Que sommes-nous, ma
lumière ?

MEDUSE

C’est toi l’oracle.

CASSANDRE

Tu sais qu’oracle ne
signifie pas miracle.

J’ai parlé au présent,
aussi bien suis-je sans yeux.

Je ne sens que notre
absence de rire et de feu.

J’ai peur.

MEDUSE

De ta peur je ne peux
blâmer l’ardeur.

Je la conçois sans peine
et blâme ma faiblesse

Car avant je tuais des
Héros la hardiesse.

CASSANDRE

Que sommes-nous, ma
lumière ?

MEDUSE

Nous ne sommes plus rien,
rien que ce monde ne respecte.

L’air que nous exhalons
est devenu infect.

Même au fond des Enfers,
nous serons condamnées

A porter nos noms maudits
pour l’éternité.

Notre erreur est d’avoir
été trop innocentes

D’avoir eu l’esprit clair
comme une étoile filante.

L’hubris des hommes nous a
collé à la peau

Nous en voilà marquées
comme d’un sale sceau.

Nous ne sommes plus des
femmes, ni même des êtres

Nous sommes des corps
condamnés à être spectres.

CASSANDRE

Nous vivons sans connaître
la vie ni la mort !

Nous qui n’avons jamais
commis le moindre tort !

La folie humaine et divine
me dépasse

Et pourtant c’est de nous qu’en est tirée la face !

Mais voilà la sagesse qui
vient sans s’empresser

Parmi les flammes et les
volutes de fumées !

MEDUSE

Horreur !

sangderiviere:

Méduse et Cassandre

Cadeau pour @epicene-street-light qui m’a beaucoup inspirée pour écrire tout ça ! Une première partie d’une mini pièce de théâtre en un acte, Racine stylez

*

(La scène est dans un palais grec en ruine. Il fait nuit. La campagne de Mycènes se distingue au loin, sombre, par un balcon. Méduse tourne le dos au public et regarde fixement un mur. Cassandre dort sur un lit, mais ne cesse de se retourner en gémissant. Une voix d’homme retentit au loin, puis se met à crier. Aucune réaction des deux femmes. Oreste entre sur scène en manquant de trébucher, à court de souffle.)

Scène 1.

ORESTE

Ah ! Trouverais-je ici, enfin, un sûr abri ?

Je tremble, je suis terrifié par ces Furies !

Le souffle maternel, à la vie dérobé

Ne paie-t-il pas celui du père assassiné ?

Mais non, au fond de moi, la vérité, je la sais.

Dieux ! Pourquoi aux mortels ne pardonner jamais ?

Et toi, cher Pylade, en cet instant absent,

Tu me laisses seul payer mon crime de sang !

Est-il sort pire que le mien ?

(Il aperçoit Méduse, et soudain, Cassandre crie dans son sommeil. Il recule d’un pas.)

Je le crois bien.

La voix que j’entends là, c’est celle de Cassandre

La captive que ma mère a voulu pourfendre.

Ainsi donc, elle a su échapper au trépas,

Et sans doute le Destin s’en amusera.

Victime de ma mère, je la laisserai vivre ;

Mais la maudite Gorgone, pourquoi la suivre ?

(Il refait un pas, toujours sans provoquer de réaction.)

Mais qu’ont-elles ?

(Il allume une torche et voit le visage tordu de Cassandre ainsi que Méduse voûtée.)

Les Dieux punissent aussi les femmes.

Je vois. J’étais bien sot. Elles aussi ont une âme.

Après tout, ma propre sœur, cette pauvre Electre,

A bien souffert du cœur de fer de Clytemnestre.

Damnées comme moi, elles vont par les malheurs.

Je suis un meurtrier ; je ne suis pas sans cœur.

Je vois dans ces ruines des marques d’affection

Qui doivent faire fuir la mémoire d’Ilion,

Et celle, terrible, du fils de Zeus Persée,

Deux souvenirs qui font de bûchers leurs pensées.

Ah ! Mon cher Pylade ! Comme je les envie !

Dans leur fuite éperdue, encore un peu de vie !

Mais les Erinyes ne sont point loin ; je les sens.

Pylade ! J’espère te voir au firmament !

(Des cris inhumains retentissent au loin. Oreste sursaute, et s’enfuit. Le silence revient dans le palais, seulement interrompu par les gémissements de Cassandre, et, peut-être, par les sanglots irréguliers de Méduse. Quand la lumière du jour pénètre par le balcon, Cassandre s’éveille et s’assoit difficilement dans le lit.)

Scène 2.

CASSANDRE

J’ai cru rêver. Ici présent était Oreste,

Cet enfant de mon ravisseur à la main leste,

Et cela alors que, dans mon sommeil troublé,

J’ai été empalée par la réalité.

Méduse !

(Elle se lève en tremblant et voit Méduse prostrée. Elle s’immobilise.)

Elle n’est point là, je ne l’atteindrai pas.

Dans un tel état, elle n’entendra pas ma voix.

(Elle se rassoit.)

J’ai vu cette nuit le passé et l’avenir,

Et dans la vision des flammes j’ai cru mourir ;

Méduse encore a dû revivre son passé,

Et pour cela elle a fini pétrifiée.

Ah ! Quelle ironie que nos dons soient des poisons !

Ah ! Comme le malheur nous ronge au plus profond !

(Méduse réagit aux exclamations de Cassandre, et se retourne, hébétée.)

MEDUSE

Ô ma tendre Cassandre, comme je m’en veux,

De toujours te laisser voir mourir tes aïeux.

CASSANDRE

Et moi, comme je m’en veux, chère Méduse,

De laisser Persée te reprendre par ses ruses.

MEDUSE

Malheur ! Combien de temps cela a-t-il duré,

cette fois ?

CASSANDRE

Une nuit entière à nous brûler.

MEDUSE

Quoi !

CASSANDRE

N’est-ce pas ? L’éternité eût été plus fugace.

Mais du moins, Méduse, dans nos errances lasses,

Nous sommes-nous trouvées, épuisées et hagardes,

Sans nos terribles yeux, qui de leur éclat lardent

De blessures l’univers, sans que nous le voulions :

C’est des Dieux la terrible punition.

MEDUSE

Oui, toi qui plus jamais le présent ne peux voir,

Tu peux me regarder comme dans un miroir.

Nos pouvoirs s’annulent, le temps s’arrête, tout s’apaise,

Et dans tes bras je peux mourir tout à mon aise.

Mais pourquoi pleures-tu ?

CASSANDRE

Ce temps est révolu.

Jusqu’ici, nous pouvions souffrir tout en fuyant,

Mais cette nuit, j’ai vu notre destin sanglant.

Comme Troie a chuté, nous deux, nous chuterons.

Les Dieux et les Héros, tu vois par ce balcon,

Viennent nous chercher, corriger le Destin.

Anomalies nous sommes, il faut y mettre fin.

Persée, Poséidon, Athéna, Apollon,

Ainsi que tous les grands combattants d’Ilion,

Ils approchent, ils accourent, ah ! Nous allons périr !

Il n’y a rien que nous puissions faire pour fuir !

(Elle pleure tant qu’elle ne parvient plus à parler. Méduse l’enserre de ses bras sans rien dire. Par le balcon, on distingue les Dieux arriver des cieux et les Héros de la route.)

JE??????? OH MON DIEU????????? Merci c’est la meilleure chose du MONDE

epicene-street-light:

epicene-street-light:

ok but can you imagine a worse, more terrifying fate than medusa’s one? just imagine. first of all you’re raped in your goddess’ temple. which, apart from the obvious trauma, means you can’t keep doing what you devoted your entire life to. your goddess gifts you with the ability to turn those you look at into stone and your hair into snakes so that you can defend yourself and be a threat rather than a victim to men. and then?????? a fucking MAN decides hes gonna hunt you down and slaughter you for…. sport like just because he can?????? and not only does he kill you but he keeps your head as a weapon???????? effectively using you and your body for his own purpose exactly like your rapist??????????????? like??? and this man is considered a hero while you’ll be remembered as a monstruous, dangerous entity???????????????????? medusa deserved better smh

i want to emphasize the fact that i just checked ovid’s metamorphoses again and every occurrence of medusa’s name is, in fact, said by perseus or used to characterize him. its not enough to have her raped and slaughtered; we also need to remove her completely from history, to the point she’s not even given her own story. we only learn about her story via perseus who explains in a single sentence where his weapon comes from, emphasizing the “danger” that she was & how clever he was – without mentioning why he went to murder her in the first place. after that, there are about 12 or 15 occurrences of her name – each time referring to her head used as a weapon by perseus, i.e as a lifeless object strapped from her humanity and personal identity, a part of her body used by a man for his personal desire, i.e exactly the same depersonalization process that lead to her being raped.

:))

special thanks to @uncarnetmaisvirtuel for the additional info about why Perseus decided to kill her on the first place and like….. i didnt know this could get any worse but it do lmao

epicene-street-light:

ok but can you imagine a worse, more terrifying fate than medusa’s one? just imagine. first of all you’re raped in your goddess’ temple. which, apart from the obvious trauma, means you can’t keep doing what you devoted your entire life to. your goddess gifts you with the ability to turn those you look at into stone and your hair into snakes so that you can defend yourself and be a threat rather than a victim to men. and then?????? a fucking MAN decides hes gonna hunt you down and slaughter you for…. sport like just because he can?????? and not only does he kill you but he keeps your head as a weapon???????? effectively using you and your body for his own purpose exactly like your rapist??????????????? like??? and this man is considered a hero while you’ll be remembered as a monstruous, dangerous entity???????????????????? medusa deserved better smh

i want to emphasize the fact that i just checked ovid’s metamorphoses again and every occurrence of medusa’s name is, in fact, said by perseus or used to characterize him. its not enough to have her raped and slaughtered; we also need to remove her completely from history, to the point she’s not even given her own story. we only learn about her story via perseus who explains in a single sentence where his weapon comes from, emphasizing the “danger” that she was & how clever he was – without mentioning why he went to murder her in the first place. after that, there are about 12 or 15 occurrences of her name – each time referring to her head used as a weapon by perseus, i.e as a lifeless object strapped from her humanity and personal identity, a part of her body used by a man for his personal desire, i.e exactly the same depersonalization process that lead to her being raped.

:))

ok but can you imagine a worse, more terrifying fate than medusa’s one? just imagine. first of all you’re raped in your goddess’ temple. which, apart from the obvious trauma, means you can’t keep doing what you devoted your entire life to. your goddess gifts you with the ability to turn those you look at into stone and your hair into snakes so that you can defend yourself and be a threat rather than a victim to men. and then?????? a fucking MAN decides hes gonna hunt you down and slaughter you for…. sport like just because he can?????? and not only does he kill you but he keeps your head as a weapon???????? effectively using you and your body for his own purpose exactly like your rapist??????????????? like??? and this man is considered a hero while you’ll be remembered as a monstruous, dangerous entity???????????????????? medusa deserved better smh