uncarnetmaisvirtuel:

“A chaque moment critique de son histoire, Rome s’interrogera avec angoisse, croyant sentir peser sur elle une malédiction. Pas plus qu’à sa naissance elle n’était en paix avec les hommes, elle ne l’était avec les dieux. Cette anxiété religieuse pèsera sur son destin. Il est aisé – trop aisé – de l’opposer à la bonne conscience apparente des cités grecques. Et cependant, Athènes aussi avait connu des crimes [comme Romulus fondateur tuant Rémus] : à l’origine du pouvoir de Thésée, il y avait le suicide d’Egée.
La préhistoire mythique de la Grèce est aussi pleine de crimes que la légende romaine, mais il semble que les Grecs aient considéré que le fonctionnement normal des institutions religieuses suffisait à effacer les pires souillures. Oreste est toujours acquitté par l’Aréopage, sous la présidence des dieux. Et après tout, la souillure qu’Œdipe inflige à Thèbes est effacée par le bannissement du criminel ; le sang qui coulera plus tard, en expiation, ne sera jamais que celui des Labdacides. Rome, au contraire, se sent désespérement solidaire du sang [versé] de Rémus. Il semble que l’optimisme grec lui ait été impossible ; Rome est tremblante, comme plus tard Enée, en qui Virgile voudra symboliser l’âme de sa patrie, tremblera dans l’attente d’un présage.”

— Pierre Grimal, La civilisation romaine, 1960.

Leave a comment