Comédie de la Soif
1. Les parents
Nous sommes tes Grands-Parents
Les Grands !
Couverts des froides sueurs
De la lune et des verdures.
Nos vins secs avaient du cœur !
Au Soleil sans imposture
Que faut-il à l’homme ? boire.
MOI – Mourir aux fleuves barbares.
Nous sommes tes Grands-Parents
Des champs.
L’eau est au fond des osiers :
Vois le courant du fossé
Autour du Château mouillé.
Descendons en nos celliers ;
Après, le cidre et le lait.
MOI – Aller où boivent les vaches.
Nous sommes tes Grands-Parents ;
Tiens, prends
Les liqueurs dans nos armoires
Le Thé, le Café, si rares,
Frémissent dans les boulloires.
– Vois les images, les fleurs.
Nous rentrons du cimetière.
MOI – Ah ! tarir toutes les urnes !
[…]
4. Le pauvre songe
Peut-être un Soir m’attend
Où je boirai tranquille
En quelque vieille Ville,
Et mourrai plus content :
Puisque je suis patient !
Si mon mal se résigne
Si j’ai jamais quelque or,
Choisirai-je le Nord
Ou le Pays des Vignes ?…
– Ah songer est indigne
Puisque c’est pure perte !
Et si je redeviens
Le voyageur ancien,
Jamais l’auberge verte
Ne peut bien m’être ouverte.
~ Arthur Rimbaud